Pape Thiaw, celui qui n’a rien voulu voir

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Deux défaites, six buts encaissés, zéro point. Derrière ces chiffres accablants se cache une série de choix incompréhensibles d’un sélectionneur qui a perdu le fil.

L’entêtement comme système de jeu

Le Sénégal n’a plus son destin entre les mains. Deux journées, deux défaites, face à la France (3-1) puis face à la Norvège (3-2), et une équipe qui se retrouve au bord du précipice. Pour se qualifier en huitièmes de finale, les Lions devront battre l’Irak, marquer plusieurs buts, et espérer que les résultats d’autres groupes leur sourient. Un scénario de repêchage, pas de qualification. C’est là où en est le champion d’Afrique. Et si la liste des coupables est longue, un nom s’impose plus que les autres : Pape Thiaw.

Koulibaly : le signal ignoré

Kalidou Koulibaly n’avait plus disputé la moindre rencontre depuis le 8 avril, victime d’une blessure à la cuisse avec Al-Hilal. À son arrivée en sélection, le staff adoptait officiellement une approche prudente, privilégiant une remise en forme progressive avant toute reprise en compétition officielle. Résultat concret : huit minutes jouées sur les deux matchs amicaux contre les États-Unis et l’Arabie Saoudite. Huit minutes pour un défenseur central de 35 ans revenant d’une longue inactivité.

Pape Thiaw l’a pourtant aligné d’entrée contre la France. Le prix à payer a été immédiat. Sur les buts encaissés, Koulibaly est apparu lent dans ses orientations, en décalage permanent avec l’intensité de Mbappé et de ses coéquipiers. Après le match, en zone mixte, le capitaine n’a pas cherché à masquer la réalité : « Je pense aussi qu’il ne faut pas oublier que nous avons beaucoup travaillé. Certains joueurs n’étaient pas à 100 % physiquement, comme moi, mais aussi Gana, qui n’avait pas joué depuis longtemps. Pape (Guèye) était également un peu fatigué. »

Un aveu. Un signal. Pape Thiaw ne l’a pas entendu. Contre la Norvège, il a reconduit Koulibaly dans son onze de départ. Le capitaine est impliqué sur les trois buts encaissés avant d’être sorti à la 72e minute, le visage marqué par un match désastreux. Probablement sa pire performance en 105 sélections.

Gana et Pape Gueye : le même film, le même échec

Idrissa Gana Gueye n’avait plus joué depuis le 25 avril et une défaite d’Everton contre West Ham en Premier League. Comme Koulibaly, il n’a disputé que huit minutes sur les deux amicaux de préparation. Comme Koulibaly, il a été titularisé d’entrée contre la France. Il a particulièrement souffert en seconde période, laissant le milieu de terrain sénégalais à nu face à l’intensité des Bleus.

Contre la Norvège, rebelote. Et cette fois, Gana est directement à l’origine de la perte de balle qui mène au deuxième but norvégien signé Haaland. Pape Gueye, lui, n’avait disputé aucune minute en amical contre l’Arabie Saoudite, sa condition physique restait irrégulière après plusieurs semaines perturbées. Pourtant titulaire. Sur les deux matchs.

Trois joueurs diminués. Trois titularisations malgré des indicateurs alarmants. Ce n’est pas de la fidélité aux cadres, c’est de l’aveuglement.

Ibrahim Mbaye sur le banc : la faute tactique la plus lourde

Ibrahim Mbaye avait été l’un des rares points positifs de la CAN 2025, décisif dans ses rentrées. Contre la France, il entre en cours de jeu et marque le seul but des Lions. Une titularisation contre la Norvège sonnait comme une évidence. Pape Thiaw a refusé de la voir, l’utilisant à nouveau comme joker. Une lecture erronée qui a coûté cher.

Même logique inébranlable avec Ismaila Sarr. Le sélectionneur s’acharne à l’aligner sur le côté alors que ses deux buts sur ce Mondial sont venus lorsqu’il était repositionné dans l’axe, en position d’attaquant. Ses réalisations le prouvent : c’est en position axiale qu’il est dangereux, concentré sur le dernier geste. Seul Pape Thiaw semble ne pas le voir.

Pathé Ciss, lui, rentre deux fois en cours de jeu alors qu’il est polyvalent, en forme, auteur d’une solide saison, capable d’évoluer aussi bien milieu défensif que défenseur central. Il entre là où les titulaires choisis par Pape Thiaw sont hors de forme. La logique du sélectionneur échappe à toute explication rationnelle.

Un sélectionneur qui a perdu la lecture du match

Dos au mur avant d’affronter la Norvège, Pape Thiaw avait une obligation : changer quelque chose. Il a reconduit le même onze, comme si la performance décevante contre la France n’avaient été qu’un mauvais rêve. Le résultat : une première période où le Sénégal est dominé, malmené, et repart aux vestiaires avec un but de retard. L’équipe semblait en pilotage automatique. Pape Thiaw se perd.

Avant le tournoi, les ambitions étaient claires. Les champions d’Afrique voulaient faire mieux qu’en 2002, atteindre au minimum les quarts de finale. Aujourd’hui, ils regardent la sortie en face. Avec deux journées disputées, le Sénégal affiche un visage honteux dans ce Mondial. Pape Thiaw, déjà contesté à l’annonce de sa liste, est désormais dans le viseur pour bien plus que ses choix de convocation. Son entêtement, son absence de réaction entre les deux matchs, son incapacité à tirer les leçons de l’évidence font de lui le premier responsable de ce fiasco annoncé.

L’Irak attend. Mais si la même logique prévaut pour la troisième journée, le résultat est écrit d’avance.

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