Ibrahim Mbaye, le joker qui ne veut plus attendre son tour

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Il devait être la solution de recours, celui qu’on sort du banc quand le match s’emballe ou quand l’adversaire fatigue. Six mois plus tard, Ibrahim Mbaye n’est plus un luxe. Il est devenu un problème dans le bon sens du terme. Un problème que Pape Thiaw va devoir résoudre avant le 16 juin et le choc face à la France.

Du banc à l’évidence

Novembre 2025. Ibrahim Mbaye fait ses débuts en équipe nationale du Sénégal. Il a 18 ans, un statut de inconnu du grand public et aucune pression. Personne ne lui demande de porter quoi que ce soit. C’est précisément cette liberté qui va tout changer. En 365 minutes de jeu réparties sur 11 matchs, dont seulement deux titularisations, le jeune ailier s’est impliqué directement sur 9 buts. Des chiffres qui n’appartiennent pas aux jokers ordinaires. Buteur et double passeur décisif contre le Kenya, déterminant sur le but de Sadio Mané contre la RDC, à l’origine d’un penalty contre le Bénin, buteur contre le Soudan, passeur contre le Pérou, buteur encore contre la Gambie. Match après match, il a fait de son temps de jeu limité un argument irrésistible.

La CAN comme révélateur

Au Maroc, lors de la Coupe d’Afrique des Nations, Ibrahim Mbaye a confirmé que sa trajectoire n’était pas un accident. Entré en jeu à plusieurs reprises dans des moments décisifs, il a apporté ce que l’équipe cherchait parfois en vain dans le onze de départ : de la verticalité, de la percussion, et surtout du danger immédiat dans les lignes adverses. Chaque apparition ressemblait moins à une entrée de joker qu’à une injection d’adrénaline dans un collectif qui en avait besoin. C’est là que la question a commencé à germer dans les esprits. Pas de manière frontale, pas encore. Mais les observateurs ont commencé à regarder différemment le côté droit du dispositif sénégalais.

Le côté droit, angle mort du Sénégal

Car c’est bien là que se situe le nœud du débat. Sur ce flanc droit, Iliman Ndiaye n’a pas réussi à s’imposer comme un patron. Déjà sous pression au Maroc, ses prestations en amical n’ont pas dissipé les doutes. Inoffensif, brouillon, loin de l’impact attendu d’un joueur censé faire la différence au plus haut niveau. Ismaila Sarr, lui, a évolué vers un rôle plus axial, s’éloignant progressivement de ce profil d’ailier pur capable d’éliminer et d’accélérer sur son côté. Dans ce contexte, Ibrahim Mbaye incarne exactement ce qui manque : la fraîcheur, l’envie, la prise de risque assumée. À 18 ans, il ne calcule pas. Il joue.

La vraie question pour la Coupe du monde

Pape Thiaw se retrouve face à un choix qui dépasse le simple turnover. Continuer avec Iliman Ndiaye comme titulaire sur le côté droit, c’est faire le pari de la hiérarchie établie et espérer un sursaut dans le grand rendez-vous. Lancer Ibrahim Mbaye d’entrée, c’est assumer un pari sur la jeunesse dans une compétition qui ne pardonne pas les erreurs de casting mais aussi reconnaître que les certitudes d’avant ne tiennent plus. Il y a une troisième voie, celle du pragmatisme : garder Iliman comme option et utiliser Mbaye dans son rôle de perturbateur, celui qu’il maîtrise mieux que quiconque dans ce groupe. Mais au vu de ce qu’il a produit en six mois avec si peu de temps de jeu, on est en droit de se demander combien de temps encore ce rôle lui suffira et combien de temps Pape Thiaw pourra résister à l’évidence.

Ibrahim Mbaye n’est plus un joker. Il est une question que le Sénégal doit se poser avant qu’il ne soit trop tard.

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