Pape Thiaw doit-il payer seul les pots cassés de cet échec ?

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Le limogeage de Pape Thiaw, acté ce samedi 11 juillet 2026 après 14 heures de réunion du comité exécutif de la FSF, ferme un chapitre mouvementé du football sénégalais. Mais réduire cet échec à la seule responsabilité du sélectionneur reviendrait à ignorer une partie du dossier. Derrière les 3 défaites du Mondial, c’est toute une gestion institutionnelle chaotique qui interroge.

Un sélectionneur laissé sans contrat pendant 5 mois

Difficile de préparer sereinement une Coupe du monde sans savoir si l’on sera encore en poste le mois suivant. C’est pourtant la situation qu’a vécue Pape Thiaw. Son contrat expire en février 2026, en plein dans la dernière ligne droite de préparation du Mondial. Il restera sans contrat et avec 5 mois d’arriérés de salaire, une situation qui ne sera révélée publiquement, et donc traitée en urgence par la fédération, qu’après les révélations de Sport News Africa.

Le symbole est fort. La veille du match contre la Norvège, Thiaw assure en conférence de presse que « tout est rentré dans l’ordre ». Ce n’était pas encore vrai. Il ne signera finalement que quelques heures avant le coup d’envoi, dans ce qui ressemble davantage à une manœuvre de la direction fédérale pour temporiser jusqu’au résultat du match qu’à une véritable négociation apaisée. Comment exiger d’un sélectionneur une gestion sereine de son groupe quand sa propre situation contractuelle reste à ce point instable à quelques jours du Mondial ?

Une promesse ministérielle qui ne s’est jamais concrétisée

En janvier 2026, après le sacre à la CAN, la ministre des Sports de l’époque, Khady Diène Gaye, avait pourtant été catégorique sur une revalorisation à venir. « S’il y a une possibilité d’une revalorisation du salaire du coach ? Oui, je l’affirme ici. Il a atteint ses objectifs en qualifiant l’équipe pour la Coupe du monde et en remportant la Coupe d’Afrique des Nations. On ne change pas une équipe qui gagne. » Des mots forts, qui engageaient publiquement l’institution. Entre cette déclaration et la signature en urgence quelques heures avant un match de poule, il s’est passé plusieurs mois de flou. Le décalage entre le discours officiel et la réalité vécue par le sélectionneur en dit long sur le fonctionnement interne de la fédération pendant cette période charnière.

Un bras de fer réglé par la présidence, pas par la FSF

Autre épisode révélateur, avant même d’embarquer pour les Etats-Unis, Pape Thiaw refuse de partir. Il faudra l’intervention personnelle du Président de la République Bassirou Diomaye Faye pour débloquer la situation. Que l’exécutif politique doive s’impliquer directement pour qu’un sélectionneur accepte de rejoindre sa Coupe du monde interroge sur la capacité de la fédération à gérer ses propres crises en interne. Les tensions rapportées entre Thiaw et les membres de la FSF, notamment le fait qu’il négociait directement avec la ministre plutôt qu’avec l’instance fédérale, montrent une relation de confiance rompue bien avant le premier match au Mondial.

Ce que cela ne change pas

Cette responsabilité institutionnelle ne dédouane pas pour autant Pape Thiaw de ses propres choix sportifs. La non-convocation de Malang Sarr, la confiance maintenue à des cadres diminués comme Kalidou Koulibaly ou Idrissa Gana Gueye, un coaching parfois plus proche de la planification que de l’adaptation au contexte du match, la fracture avec une partie du vestiaire matérialisée par la sortie de Pape Gueye, tout cela relève bien de la gestion sportive et humaine du sélectionneur.

Mais un sélectionneur pris dans l’incertitude contractuelle pendant les mois les plus décisifs de sa préparation part avec un handicap dont on parle peu. La question mérite d’être posée franchement, la FSF a-t-elle donné à Pape Thiaw les conditions minimales pour réussir, ou l’a-t-elle placé, par sa propre gestion, en situation d’échec avant même le coup d’envoi ?

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