Sélections africaines, le mal du but qui change tout

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Au Mondial 2026, RD Congo, Sénégal et Égypte ont chacune laissé filer un avantage décisif face à l’Angleterre, la Belgique et l’Argentine. Seul le Maroc échappe à la règle.

Pourquoi les équipes africaines peinent-elles à garder leur avance dans les matchs importants ? Problème mental, gestion des émotions ou indiscipline tactique. Car tous les sélectionneurs du continent ne peuvent pas être mauvais au point de saborder leur propre match. Le Mondial 2026 vient pourtant confirmer, match après match, qu’une fois en tête au tableau d’affichage, les sélections africaines semblent piquées par le même virus. 10 sélections africaines avaient validé leur ticket pour la Coupe du monde FIFA 2026. Sur les 10, 9 ont franchi la phase de groupes pour rallier les seizièmes de finale. Seule la Tunisie est restée sur le carreau dès le premier tour. Un motif de fierté légitime pour un continent qui confirmait sa montée en puissance. Mais dès l’entame de la phase à élimination directe, le costume est devenu trop grand. Seuls le Maroc et l’Égypte sont parvenus à atteindre les huitièmes de finale. Désormais, il ne reste plus que le Maroc, qualifié pour les quarts de finale, après la défaite amère de l’Égypte face à l’Argentine.

RD Congo, prise au piège des Anglais

La RD Congo, de retour en Coupe du monde après 52 ans d’absence, avait créé la sensation en ouvrant le score face à l’Angleterre en seizièmes de finale. Les Three Lions ont fini par renverser les Congolais pour s’imposer 2-1, une situation suffisamment rare pour être soulignée puisque l’Angleterre n’avait plus remporté de match de Coupe du monde après avoir été menée depuis la finale de 1966.

Sénégal-Belgique, le symbole d’une désillusion

À Seattle, le Sénégal a mené 2-0 face à la Belgique jusqu’à la 85e minute. Les Lions de la Téranga semblaient filer tranquillement vers les quarts de finale. Mais en l’espace de quelques minutes, l’édifice s’écroule. La Belgique réduit d’abord le score, égalise dans le temps additionnel, avant de renverser totalement la rencontre en prolongation (3-2). D’ailleurs, après la rencontre, le sélectionneur belge Rudi Garcia a jeté un froid en évoquant des équipes qui, selon lui, perdent leur structure tactique dès qu’elles cherchent à garder un avantage. Une sortie perçue comme maladroite par certains observateurs, même si elle soulevait une question de fond.

Égypte-Argentine, un scénario presque identique

Comme pour donner raison au sélectionneur belge, l’Égypte a offert un scénario d’une troublante ressemblance. Pourtant réputés pour leur bloc défensif, les Pharaons ont fait douter les champions du monde en titre en menant 2-0 à l’heure de jeu. L’Argentine, jusque-là poussive, a alors sorti la tête de l’eau. Cristian Romero puis Lionel Messi ont ramené les deux équipes à hauteur en l’espace de 4 minutes, avant qu’Enzo Fernández ne scelle la remontée à la 90e+2. Deux matchs, 2 scénarios presque identiques, 2 équipes africaines qui laissent filer un avantage de 2 buts dans le dernier quart d’heure.

Le Maroc, l’exception qui confirme la règle

Dans ce tableau, le Maroc fait figure d’exception. Menés au score après une première période compliquée face au Canada en huitièmes de finale, les Lions de l’Atlas ont totalement inversé la tendance après la pause pour finalement s’imposer 3-0. Une capacité à hausser le curseur au bon moment qui a permis au Maroc de devenir la première nation africaine à atteindre les quarts de finale de 2 Coupes du monde consécutives, après sa demi-finale historique de 2022.

Un mal qui ne date pas d’aujourd’hui

Le plus troublant, c’est que ces scénarios n’ont rien d’inédit. Ils ressurgissent à intervalles réguliers depuis que des sélections africaines côtoient le haut de tableau des Coupes du monde, comme si le continent butait, génération après génération, sur le même mur.

Le cas fondateur remonte à 1990, avec le Cameroun de Roger Milla. Tout juste devenue la première nation africaine à atteindre les quarts de finale, la sélection camerounaise mène 2-1 face à l’Angleterre à moins de 25 minutes du terme. L’histoire s’écrit alors à l’envers. 2 penalties de Gary Lineker, dont un en prolongation, offrent la victoire aux Anglais (3-2). Rebelote, 4 ans plus tard. Le Nigeria de Jay-Jay Okocha, pour ses grands débuts en Coupe du monde, mène 1-0 face à l’Italie de Roberto Baggio jusqu’à la 88e minute des huitièmes de finale. Un but égalisateur dans les derniers instants, puis un penalty de Baggio en prolongation, renvoient les Super Eagles à la maison (2-1). En 2010, le Ghana rate l’occasion de devenir la première nation africaine à atteindre les demi-finales avant de tomber face à l’Uruguay au terme d’un scénario resté gravé dans les mémoires.

Un problème plus profond que celui de la finition

Longtemps, les désillusions africaines en Coupe du monde ont été attribuées au manque de réalisme offensif. Mais au-delà du problème d’efficacité, commun à toutes les équipes, cette édition 2026 met en lumière une faiblesse différente, peut-être plus préoccupante. Celle de la gestion du score acquis. Dès que l’adversaire réduit l’écart dans un match à fort enjeu, plusieurs sélections africaines semblent perdre leurs certitudes. Repli défensif trop prononcé, perte de repères collectifs, gestion émotionnelle défaillante dans le money-time. Les explications ne manquent pas, mais le symptôme, lui, se répète avec une régularité frappante. Cela interroge forcément sur la préparation mentale et tactique des équipes du continent à ce niveau de pression, bien plus que sur leur simple qualité de jeu.

Mais le véritable problème ne se limite peut-être pas à la gestion d’un avantage. Il réside aussi dans la manière dont certaines équipes réagissent lorsque le match bascule. Un but encaissé, un penalty concédé, une décision arbitrale défavorable ou un simple fait de jeu semblent parfois provoquer un décrochage collectif. Là où les grandes nations parviennent à absorber ces moments de turbulence sans perdre leur organisation, plusieurs sélections africaines donnent le sentiment de sortir de leur match pendant quelques minutes. Les lignes s’étirent, les repères disparaissent, chacun cherche parfois à résoudre la situation individuellement, et la maîtrise laisse place à la précipitation. C’est souvent dans ces 5 ou 10 minutes de flottement que se joue le destin d’une rencontre. Les grandes équipes ne sont pas celles qui évitent les coups du sort ; elles sont celles qui savent les traverser sans renoncer à leur plan de jeu. C’est sans doute l’un des derniers paliers que le football africain devra franchir pour transformer plus régulièrement ses performances en parcours historiques.

Le Maroc, justement, offre un contre-modèle intéressant. Ce n’est pas tant l’art de prendre l’avantage tôt qui l’a sauvé face au Canada, mais sa capacité à rester lucide malgré un scénario défavorable, à ne jamais perdre sa structure collective et à frapper au bon moment sans se précipiter. Une maturité que le reste du continent devra impérativement acquérir s’il veut, un jour, transformer ses belles promesses en victoires lors des matchs à élimination directe.

Par Djiby Anne, chroniqueur, et Ibrahim Diop, analyste vidéo de l’équipe nationale du Burkina Faso.

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