DOUBLE CASQUETTE, DOUBLE ÉCHEC : LE CUMUL A-T-IL TUÉ MALICK DAF ?

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Dimanche 25 octobre restera comme une journée noire pour Malick Daf. En l’espace de quelques heures, l’entraîneur, qui incarnait la réussite du coaching local, a vu deux de ses objectifs majeurs s’envoler. À Yaoundé, son Teungueth FC s’est incliné face à la Colombe Sportive du Dja (1-0), portant le score cumulé à 3-0 et mettant fin à son parcours en Ligue des champions. À Bamako, ses Lionceaux U20 ont craqué face à la Guinée (3-2 après prolongations), après avoir mené 2-0, et manquent la qualification pour la CAN U20 2027 au Ghana. Deux revers qui relancent une question de fond : le cumul des fonctions est-il devenu un handicap pour le football sénégalais ? La Fédération sénégalaise de football (FSF) peut-elle continuer à fermer les yeux ?

Le film d’un naufrage annoncé

Tout a commencé à 15 heures, au stade Ahmadou-Ahidjo de Yaoundé. Teungueth FC, champion du Sénégal en titre, n’avait plus le droit à l’erreur après sa défaite 2-0 à l’aller, au stade Léopold-Sédar-Senghor. Malick Daf avait promis une remontée. Elle a tourné court. Dès les premières minutes, Eyango, déjà buteur à l’aller, a de nouveau fait mal aux Rufisquois. Incapable de renverser la situation, le club sénégalais a finalement concédé une nouvelle défaite et quitté la compétition sans avoir inscrit le moindre but sur l’ensemble des deux rencontres.

Cette élimination interroge d’autant plus que Teungueth FC s’appuyait la saison dernière sur une défense particulièrement solide, avec seulement cinq buts encaissés en 30 journées de championnat. Moustapha Guèye, désigné meilleur footballeur local de la saison 2025-2026 par l’Association nationale de la presse sportive (ANPS), figurait notamment dans ses rangs.

Quelques heures plus tard, à Bamako, le scénario a pris une tournure encore plus cruelle. En demi-finale du tournoi UFOA-A, le Sénégal U20 semblait avoir fait le plus dur face à la Guinée. Grâce à un doublé de Moussa Guèye, attaquant de Mérida AD (45+3e, 70e), les Lionceaux ont pris une avance de deux buts qui les rapprochait de la finale et d’une qualification pour la CAN U20.

Mais la suite a viré au cauchemar. La Guinée a réduit l’écart à la 72e minute, avant d’égaliser à la 79e. Après avoir laissé filer leur avantage, les Sénégalais ont fini par céder en prolongation, encaissant un troisième but synonyme d’élimination.

Deux équipes, deux compétitions, deux désillusions. Le parallèle est saisissant : dans les deux cas, les formations dirigées par Malick Daf n’ont pas réussi à préserver une situation favorable. Peut-on pour autant attribuer ces échecs au seul cumul des fonctions ? Le lien mérite d’être interrogé, sans occulter les responsabilités des joueurs ni les choix tactiques effectués au cours de ces rencontres.

Le cumul, ce mal sénégalais qu’on entretient

Ce n’est pas la première fois que Malick Daf se retrouve au cœur de ce débat. Lors de la saison 2022-2023, il avait déjà dirigé le Jaraaf tout en conduisant la sélection sénégalaise U20, avec laquelle il avait remporté la CAN de la catégorie. Cette double responsabilité avait alors suscité des interrogations sur la compatibilité entre les exigences du football de club et celles d’une sélection nationale.

La question reste entière. Un entraîneur peut-il préparer simultanément une échéance continentale avec son club et une compétition internationale avec une sélection sans que l’une de ses missions en pâtisse ?

Préparer un match retour de Ligue des champions à plusieurs milliers de kilomètres de Dakar, avec l’enjeu sportif et financier d’une qualification pour la phase de groupes, exige du temps, de la présence et une préparation minutieuse. Dans le même temps, conduire les Lionceaux vers une qualification à la CAN U20 suppose de superviser l’adversaire, d’organiser les séances d’entraînement et de travailler les différents scénarios de match.

Comment assurer pleinement ces deux missions lorsque les calendriers se chevauchent ? Comment préparer les ajustements défensifs face à la Colombe tout en anticipant les difficultés que pourrait poser la Guinée ? Et surtout, comment garantir aux joueurs un encadrement technique constant lorsque le calendrier impose à leur entraîneur de se consacrer à deux équipes engagées dans des compétitions majeures ?

Le calendrier lui-même illustre cette difficulté. Pour permettre à Malick Daf de conduire Teungueth FC au Cameroun, la Ligue sénégalaise de football professionnel avait reporté le match contre la Linguère, comptant pour la deuxième journée de Ligue 1. Pourtant, le 25 octobre, le technicien devait également être mobilisé avec les Lionceaux à Bamako.

Cette situation pose une question essentielle : comment un entraîneur peut-il assurer une préparation optimale lorsque ses obligations se déroulent simultanément dans deux pays différents ? Le problème dépasse le seul cas de Malick Daf. Il concerne l’organisation du football sénégalais et la capacité de ses instances à anticiper les conflits de calendrier.

La FSF doit trancher

Le bilan est lourd. Sur le plan sportif, Teungueth FC quitte la Ligue des champions dès les tours préliminaires, tandis que le Sénégal U20 manque la qualification pour la CAN 2027. Sur le plan financier, l’élimination prive le club rufisquois des recettes potentielles liées à une participation à la phase de groupes, dont les primes sont estimées à plusieurs centaines de millions de francs CFA. Sur le plan de l’image, le champion du Sénégal échoue à franchir un cap continental face à une formation camerounaise qui avait déjà éliminé le Jaraaf en 2025.

Babacar Ndiaye, président de Teungueth FC, doit désormais évaluer les conséquences de cette double responsabilité sur le projet sportif du club. Peut-on viser durablement les sommets avec un entraîneur dont les obligations internationales peuvent entrer en concurrence avec les exigences du championnat et des compétitions africaines ?

La FSF doit également tirer les enseignements de cette élimination. Si elle entend confier à un technicien la responsabilité d’une sélection nationale, ne doit-elle pas s’assurer qu’il dispose des conditions nécessaires pour exercer pleinement sa mission ? Et si le cumul est incompatible avec les exigences du football moderne, pourquoi ne pas mettre en place une règle claire, applicable à tous ?

Malick Daf reste un entraîneur dont le parcours mérite le respect. Mais reconnaître ses qualités ne doit pas empêcher de questionner une organisation susceptible de le placer dans une situation intenable. Les échecs du 25 octobre ne peuvent être imputés au seul cumul des fonctions, mais cette journée a mis en lumière les limites d’un système qui exige d’un même technicien qu’il réponde à des impératifs parfois inconciliables.

Le football sénégalais doit se donner les moyens de mieux structurer son encadrement technique. Cela suppose des choix clairs, une planification rigoureuse et, lorsque les moyens le permettent, des entraîneurs pleinement disponibles pour leurs équipes.

Malick Daf doit-il choisir entre Teungueth FC et les Lionceaux ? Le débat est désormais incontournable. Car lorsqu’un entraîneur est sollicité sur deux fronts majeurs, la question n’est plus seulement de savoir s’il peut tout faire, mais si le football sénégalais peut encore se permettre de lui demander de le faire.

AWA SÈNE

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