
À un mois de la CAN au Maroc, Pape Thiaw aborde deux matchs amicaux décisifs pour éclaircir un casse-tête offensif. Avec quatre numéros 9 en lice, le sélectionneur ne pourra pas emmener tout le monde. Analyse d’une hiérarchie plus ouverte que jamais.
Le Sénégal va se frotter au Brésil le 15 novembre puis au Kenya le 18 novembre en amical, pour la dernière fenêtre FIFA avant la CAN prévue du 21 décembre au 18 janvier. À l’approche du sprint final, une interrogation majeure se pose autour du secteur offensif. Le sélectionneur Pape Thiaw a convoqué quatre avant-centres de métier, Nicolas Jackson, Boulaye Dia, Habib Diallo et Chérif Ndiaye. Une densité rare et incompatible avec la liste finale pour un tournoi où chaque poste doit être optimisé. La concurrence sera rude et certains devront rester à quai.
Les paramètres qui guideront Pape Thiaw
Au moment de trancher, le sélectionneur devrait s’appuyer sur plusieurs critères déterminants. La forme actuelle des joueurs compte énormément, tout comme leur constance en club et en sélection. Les références passées avec le maillot national auront aussi leur importance. Les complémentarités avec les autres offensifs, la capacité à presser, décrocher, jouer en pivot ou attaquer la profondeur pèseront dans la balance. Enfin, chaque profil devra s’inscrire dans un schéma tactique pensé en fonction des adversaires du premier tour de la CAN.
Nicolas Jackson, le profil le plus complet
Au Bayern Munich où il est prêté, Nicolas Jackson a inscrit 3 buts malgré son statut de remplaçant. Capable d’évoluer comme numéro 9, ailier ou second attaquant, il offre sans doute le profil le plus complet. Sa capacité à attaquer la profondeur, son volume de course hors du ballon, ses appels incessants, ses décrochages et son pressing intense en font un élément précieux. Sa complémentarité avec des joueurs comme Iliman Ndiaye renforce encore son importance dans le collectif. Mais le joueur souffre d’un bémol majeur. Avec seulement 3 buts en sélection depuis son arrivée dans la tanière en 2022, son rendement comptable est loin des attentes, surtout après avoir disputé une Coupe du monde et une CAN. Malgré cela, son importance dans le plan de jeu est indéniable. Sauf blessure, il est quasiment assuré de faire partie du groupe au Maroc.
Boulaye Dia, le statut fragilisé
Boulaye Dia vit une saison délicate avec la Lazio. Avec un seul but en 11 matchs marqué en août, son rendement offensif est en baisse. Son irrégularité, en club comme en sélection, joue clairement contre lui. Titulaire indiscutable sous Aliou Cissé, il peine à convaincre depuis la prise de fonction de Pape Thiaw. Son dernier but avec le Sénégal remonte à octobre 2024 face au Malawi lors du premier match de l’ère Thiaw. Une disette de plus d’un an qui interroge. Dia traîne également une fragilité physique. Sur la seule saison écoulée, il a manqué 22 matchs entre club et sélection. Avec seulement 6 buts en 35 sélections, son bilan est mitigé au regard du temps passé avec les Lions. Son expérience, avec une Coupe du monde et une CAN disputées, pourrait néanmoins peser. Mais son statut est désormais clairement incertain. Une non-convocation n’est plus un scénario impossible.
Habib Diallo, le retour qui change tout
Parti d’Arabie Saoudite pour revenir à Metz, Habib Diallo semble avoir fait un choix assumé pour se repositionner dans la course à la CAN. Un pari gagnant pour l’instant, avec 3 buts en 9 matchs de Ligue 1. Lors du dernier rassemblement, il a marqué en entrant en jeu contre la Mauritanie lors des éliminatoires du Mondial. Un retour remarqué qui rebâtit sa légitimité. Diallo reste un buteur d’instinct, doté d’un excellent jeu de tête. Moins mobile que Jackson, mais bien plus clinique dans la surface. Sa CAN solide en Côte d’Ivoire, ponctuée de deux buts et de prestations abouties, confirme qu’il sait répondre présent dans les grands rendez-vous. Son profil unique pourrait le sauver, que ce soit comme titulaire ou comme option forte sur le banc.
Chérif Ndiaye, l’outsider qui frappe fort
Grand buteur en Serbie puis en Turquie, Chérif Ndiaye a progressivement gagné en visibilité et en consistance. Aujourd’hui dans une forme remarquable, il a marqué son unique but avec les Lions lors de la large victoire contre le Soudan du Sud. Sa puissance physique, son pressing agressif et son impact dans les duels offrent un registre différent des autres avant-centres. Son inexpérience internationale est cependant un facteur non négligeable. Avec seulement huit sélections et aucune participation à un tournoi majeur, il reste un candidat sérieux mais confronté à une concurrence féroce. Sa dynamique du moment peut jouer pour lui, mais le poids de la hiérarchie peut aussi lui être défavorable.
Deux matchs pour redistribuer les cartes
Les rencontres face au Brésil et au Kenya pourraient devenir déterminantes. Le niveau du premier test dira beaucoup sur la capacité des attaquants à répondre à l’intensité internationale. Le second match permettra d’évaluer leur efficacité dans un contexte plus abordable.
Ce qui est certain, c’est que les quatre ne seront pas du voyage au Maroc. Pape Thiaw devra trancher, peut-être plus tôt que prévu. La bataille est ouverte et elle se jouera autant sur la pelouse que dans l’analyse fine du staff.


