
Longtemps en quête du bon équilibre dans l’entrejeu, le sélectionneur sénégalais, Pape Thiaw semble avoir trouvé une formule crédible à l’issue des huitièmes de finale de la CAN. L’association Pape Gueye – Idrissa Gana Gueye – Habib Diarra, alignée contre le Soudan, a dégagé une vraie cohérence. Suffisant pour en faire un choix durable à l’approche du quart de finale face au Mali ?
Des débuts prudents avec un double pivot
Lors des deux premiers matchs de la phase de groupes, face au Botswana puis à la RDC, Pape Thiaw avait opté pour un 4-2-3-1, construit autour de la doublette Pape Gueye et Idrissa Gana Gueye. Un choix dicté par la recherche de sécurité et aussi par l’état physique d’Habib Diarra, tout juste revenu de trois mois d’indisponibilité. Le milieu de Sunderland n’avait disputé qu’une seule entrée en jeu avec son club avant de rejoindre la tanière. Dans ce contexte, le staff avait logiquement préféré la continuité et l’expérience.
Un 4-3-3 expérimental… et décevant contre le Bénin
Pour le troisième match contre le Bénin, le sélectionneur tente un réajustement tactique avec un 4-3-3. Pape Gueye est laissé au repos, Idrissa Gana Gueye conserve sa place, entouré de Pape Matar Sarr, jusque-là sans minute de jeu, et de Lamine Camara, titularisé pour la première fois. Le résultat est mitigé, voire décevant. Le milieu manque de liant, de rythme et d’impact. Et c’est précisément à ce moment-là que la rentrée de Habib Diarra, à la pause après la blessure de Lamine Camara, change la physionomie du match. Plus intense, plus percutant, le jeune milieu de 22 ans dynamite l’entrejeu sénégalais et incarne la meilleure période collective des Lions, alors que la prestation globale reste poussive.
Le déclic en huitième de finale face au Soudan
Dans un match couperet face au Soudan, Pape Thiaw reconduit le 4-3-3, mais cette fois avec un milieu clairement identifié : Idrissa Gana Gueye – Pape Gueye – Habib Diarra. Un choix fort, assumé, et surtout concluant. La complémentarité saute aux yeux. En sentinelle, Idrissa Gana Gueye sécurise l’équipe par sa capacité à gagner des duels, son sens de l’anticipation et son calme dans l’utilisation du ballon. À 36 ans, il réalise une CAN de très haut niveau, confirmant son leadership par sa fiabilité, sa justesse technique et sa domination dans l’entrejeu.
Pape Gueye, relayeur… mais à quel prix ?
Aligné un cran plus haut, Pape Gueye endosse le rôle de relayeur. Indispensable depuis deux ans en sélection, le milieu de 26 ans confirme son statut de patron par sa constance, sa disponibilité, sa qualité de passe et son intelligence de jeu. Il est le maillon fort de la construction, capable d’attirer l’adversaire et de se positionner parfois comme un troisième axial pour faciliter la sortie de balle. Son match contre le Soudan, ponctué d’un doublé et d’un titre d’homme du match, illustre aussi sa capacité à se projeter et à peser offensivement par ses dépassements de fonction, ses percées balle au pied et ses frappes lointaines.
Mais un doute subsiste. Pape Gueye n’est-il pas encore plus performant en sentinelle qu’en relayeur ? Malgré sa prestation décisive, quelques pertes de balle dans des zones sensibles ont été relevées. Son profil physique et sa relative lenteur peuvent parfois limiter son impact dans une zone aussi dense. En position basse, avec le jeu face à lui, il excelle davantage comme point d’ancrage et organisateur des sorties de balle. Le choix de Pape Thiaw est-il circonstanciel ou définitif ?
Habib Diarra, le facteur X du trio
Dans ce trio, Habib Diarra apporte une dimension différente. Box-to-box par excellence, il n’hésite jamais à casser les lignes, à s’infiltrer pour surprendre l’adversaire et à créer du déséquilibre offensif. Sa capacité à être décisif offre une variété précieuse à ce milieu. Avec déjà 4 buts en 15 sélections, il affiche un potentiel de finisseur rare à ce poste.
Un trio pour aller au bout ?
À deux jours du quart de finale contre le Mali, ce vendredi 9 janvier à 16h GMT au stade Ibn Batouta de Tanger, le Sénégal semble avoir trouvé une base solide dans l’entrejeu. Reste à savoir si ce trio sera reconduit et s’il résistera à des adversaires de plus haut calibre. Une chose est sûre : Pape Thiaw tient peut-être là le milieu capable de porter les Lions vers le titre.
El Hadji Malick SARR (envoyé spécial à Tanger, Maroc)


