Le Foot & Moi avec Mbaye Jacques Diop (Conseiller TC au Min. Des Sports) : « Un jour les Présidents du Port et du Ndiambour se sont croisés chez moi pour me recruter… »

Aujourd’hui conseiller technique en communication au ministère des sports, Mbaye Jacques n’en reste pas moins un footballeur dans l’âme. Amoureux du Bayern Munich, de la JA… l’ancien journaliste sportif est un incollable du football des années 80, 90 qu’il trouve « plus spectaculaire qu’aujourd’hui ». Il se rappelle de son équipe d’enfance à la Rue 11, le Zaïre Mobutu Sesse Seko en hommage à la sélection du Zaïre championne d’Afrique et Mondialiste en 74. Avec beaucoup d’émotions, il s’est prêté au jeu des grands souvenirs dans votre rubrique décalée « Le Foot & Moi »

Quel fut ton 1er contact avec un ballon ?

Mon premier contact avec un ballon s’est passé dans la rue comme tout jeune du quartier très populaire de la Médina. À l’époque c’était des matches de rue et nous avions une grande équipe de la rue 11 qui s’appelait Zaïre du Maréchal Mobutu Sesse Seko, vers les années 75/76/77, car elle était championne d’Afrique et venait de se qualifier au mondial 74 en Allemagne, malgré le 9-0 pris devant la Yougoslavie du Maréchal Tito. Ensuite j’ai commencé à fréquenter les terrains de Médina, Champs des Courses, de la Maison des jeunes où se trouve présentement la Mosquée omarienne et celui de la Cité Commissaire qui abrite les locaux de Direction Générale de la Police sur la corniche.

Quelle est la 1ère équipe  de football que tu as supportée ?

La première équipe que j’ai supporté a été l’Asc DAMELS de Médina car c’est dans cette Asc que j’ai signée ma première licence en catégorie cadette. Pour ce qui est des clubs du championnat national c’était la Jeanne d’Arc car j’avais un oncle maternel qui habitait la rue de Bayeux, Moussa Cavin Diagne qui m’a-t-on dit, a été entraîneur de la Vieille Dame. En Europe c’est le Bayern et l’Allemagne. J’avais aussi un penchant pour trois équipes. L’Asc les Jaraaf car étant natif de la Médina, l’Usg pour sa proximité avec la rue 3 et le stade Assane DIOUF. Et enfin le Dial Diop Sporting Club où j’ai joué en junior pour avoir gagné la Coupe du Sénégal de cette catégorie face à la Jeanne d’Arc.

Et en club, quel est l’équipe qui t’a fait vibrer ?

En club honnêtement c’est le Fc Bayern de Franz Beckenbaueur, Gerd Muller, Uli Honness, Sepp Maier, Schwarzenbech, Kappelman, Paul Breitner avec cette finale gagnée en 1976 face à l’Asse Saint-Etienne de Curkovic, Bathenay, Larque, Lopez, Sinahgel, les frères Revelli, Jonny Rep et autres. Ce Bayern m’a fait vibrer pour avoir mis fin au règne de l’Ajax de Johan Cruyff et John Neskens.

Mbaye Jacques, as-tu pratiqué le football et jusqu’à quel niveau ?

J’ai pratiqué le football jusqu’en senior car j’étais licencié à l’Us Goree en senior et au cours de la seconde journée nous sommes allés jouer à Ziguinchor face au Casa-Sports. Nous avions quitté Dakar vendredi matin pour revenir lundi. Comme j’étais étudiant à l’Universite de Dakar, je me suis rendu compte avoir perdu mes cours du vendredi, du samedi et du lundi. Et dès mon retour j’ai décidé d’abandonner le football pour me consacrer aux études. Toutefois j’ai continué à jouer en navetanes avec mon club de cœur l’Asc SANTHIABA de Médina avant d’être radié du mouvement navetane suite à une bagarre générale ayant entraîné la mort d’une femme qui habitait le même quartier que moi (Victorine Nassalan Paix à son âme ). Par la suite j’ai été gracié et je jouais comme mercenaire à Louga. Mais j’ai définitivement raccroché avec l’Asc Diecko de la Médina. Car les dirigeants de cette Asc avaient plaidé auprès de l’Oncav pour que je sois gracié et je les en remercie vivement même si les gens du navetane m’avaient radié sans audition.

Quel est le premier match que tu as couvert en tant que journaliste sportif ?

Mon premier match c’était en 1996 j’étais au Forum des Jeunes, un journal financé par le 7e FED de l’Union Européenne. Un match entre Douanes et Seib au stade Galandou DIOUF car l’As Douanes y recevait ses adversaires, L’As Police. C’est comme si c’était hier je me rappelle toujours de ces merveilleux souvenirs car lorsque je suis venu avec ma carte on m’a refusé l’accès en me disant il fallait avoir la carte de l’ANPS qui était de couleur orange, alors j’ai payé le ticket d’entrée pour accéder au stade et suivre le match. L’As Douanes avait battu l’As Police et j’avais titré: Les Gabelous « Mâtent » les Policiers.

Peux-tu nous décrire l’effet que ça te fait  de regarder un match de foot ?

Cela ne fait absolument rien car je me rends compte que la génération antérieure était meilleure que celle d’aujourd’hui. En plus les contextes sont très différents. Les joueurs des années 80/90 pouvaient tous devenir de grands joueurs dans les plus grands clubs d’Europe aujourd’hui. En plus aujourd’hui le spectacle n’y est plus. Dans le championnat il était très rare de suivre un match qui se solde sur un score nul et vierge. Le Sénégal disposait de grands joueurs. En plus la presse n’était pas plurielle et on connaissait le onze type de chaque équipe que ce soit Niayes, Stade Mbour, Linguère, Ndiambour, Seib, Casa-Sports, Us rail, Mbossé, Jaraaf, As Douanes, Asfa, Police, Jeanne D’Arc, Saltigue, Us Gorée, Etics, Port Autonome de Dakar. En tant que journaliste je pouvais vous citer les joueurs poste par poste et même les numéros. Souvent on n’avait pas besoin de faire la main courante ou les vestiaires pour avoir le classement.

Quel est ton meilleur souvenir foot ?

Mes souvenirs en foot il y en a plusieurs. Je me rappelle d’une demi finale de coupe du Sénégal en 1982 entre l’Asc les Jaraaf et les Niayes de Pikine. Ce jour là le Jaraaf avait battu sur le score d’un but à zéro et le but a été marqué par Laye Camara dès la toute première minute. C’était un meilleur souvenir car certains qui étaient venus en retard nous demandaient de leur retracer le film du but éclair. De retour à la maison, mon défunt père qui était un grand supporter de l’Asc les Jaraaf de Dakar m’appela dans sa chambre pour me dire qu’il a décidé de ne plus aller au stade car il m’avait vu acheter un billet. Et pour lui c’était le moment de déserter les stades car son fils avait pris le relai. Et jusqu’à sa mort en 2017, il n’a plus remis les pieds dans un stade. 

Y’a-t-il un joueur de foot en activité qui t’impressionne particulièrement ?

Aujourd’hui aucun joueur ne m’impressionne car de grands joueurs j’en ai vu. Grand Mbodj, Mbaye Fall, Christophe Sagna, Lemou Ndoye, Sega Cissé, Thierno Mboup, Mor Sakho, Sega Sakho, Bachir Sarr, BADOU GAYE, Cheval Fou, Cheikh Fam, Coulibaly, Medoune Mar, Tidiane Sy, Louis Camara, Cheikh Tidiane Fall, Makou Niasse, MOUSSA Diop QUENUM, Cheikh SECK, Cheikh Oumar Sy, Mamadou Sall, Maboury Niang, Mamadou Keïta, Niabaly, Bamba Sano. J’ai eu la chance de fréquenter très jeune les stades grâce à mon père qui était aussi un grand sportif, sans compter j’ai eu la chance de côtoyer de grands dirigeants Dr Samba Ndoucoumane Gueye, Mbaye Diouf, Mor Yaly, Yoro Sow, Lamine Diack, Feu Mathurin Diop, Abdoulaye Makhtar, Mbaye Ndoye, Serigne Lamine Diop etc… c’est avec ces grands dirigeants que j’ai eu à acquérir ma culture sportive.

Racontes-nous une anecdote foot…

Une anecdote, on devait jouer un match junior entre le Dial Diop et les Niayes au stade Alassane Djigo un dimanche matin. Et la veille le coach feu Boucar DIOUF avait l’habitude de donner le Onze de départ  ne l’a pas fait. Et il a attendu l’arrivée du stade pour jeter les maillots par terre et nous dire: « que ceux qui sont prêts à mourir sur le terrain prennent un maillot. Je ne veux pas de poltrons car c’est un match de guerriers ». J’étais le premier à prendre un maillot. Et ce jour nous avons battu les NIAYES (3-1) sur son terrain où toutes les équipes avaient perdues. J’avais inscrit le premier but et par la suite notre gardien Khassoum a été expulsé et je l’ai remplacé dans les buts pour garder notre cage inviolée et devenir ce grand gardien de but. Autre anecdote. Tidiane Kamara puissant Président du Port et Maguette Diouf ancien Ministre Président du  Ndiambour de Louga se sont croisés chez moi pour me recruter j’ai décliné poliment leur offre pour avoir privilégié les études. Et aujourd’hui ce que je ne regrette nullement.

Propos recueillis par Moustapha M. Sadio