
Le Sénégal a célébré son sacre continental devant son public, mais en marge de la victoire face à la Gambie (3-1), l’organisation au stade Stade Abdoulaye Wade a une nouvelle fois suscité colère et frustration. Témoignages accablants, gestion défaillante, sécurité contestée : immersion dans l’envers du décor.
Sur le papier, tout était réuni pour une soirée mémorable : présentation du trophée de la CAN, animation artistique, ferveur populaire. Dans les faits, de nombreux supporters ont vécu une expérience chaotique, dès les abords du stade.
Les critiques convergent sur un point central : une organisation défaillante en amont. L’ouverture des portes, intervenue très tôt, n’a pas permis de fluidifier l’accès. Au contraire, elle a contribué à créer des files d’attente interminables et une gestion confuse des flux. « Pourquoi ouvrir les portes à 14h alors que la cérémonie était prévue à 16h ? », s’interroge Papino Sock, avant de pointer « un protocole d’entrée très lent et compliqué » et des « bousculades » accompagnées de tirs de gaz lacrymogènes.
Des billets… sans garantie d’accès
Le cœur de la colère réside dans un sentiment d’injustice profond : celui d’avoir payé, parfois très cher, sans pouvoir accéder à sa place. « Une cinquantaine de personnes interdites d’accès à leurs places payées 50.000 FCFA. Portes fermées de l’intérieur, aucune personne à qui parler », déplore un groupe de supporters. Certains évoquent même une possible « porosité » du système, avec des entrées incontrôlées ou un nombre de billets supérieur à la capacité réelle. Les conséquences sont concrètes : des supporters redirigés vers d’autres tribunes, souvent déjà saturées, ou contraints de suivre le match dans des conditions précaires.
L’expérience supporter, grande oubliée
Le témoignage de Pape Demba Samb illustre cette dégradation de l’expérience supporter : « J’ai acheté un ticket virage jaune à 5000. Je suis arrivé 2h30 avant le match. J’ai patienté 2h sur un fil pour un simple contrôle des billets… Les gendarmes nous ont accueillis avec des mots exécrables. » Après ce parcours, l’accès au stade ne garantit même pas une place conforme : « On m’a chassé en me disant qu’il n’y avait plus de place disponible. J’ai été obligé de me recroqueviller à la tribune rouge avec des gens debout à chaque occasion. » Entre désorganisation, manque de communication et gestion sécuritaire jugée brutale, le supporter devient une variable d’ajustement plutôt qu’un acteur central de l’événement.
Une image écornée, malgré la victoire
Au-delà du résultat sportif et de la célébration du titre, c’est l’image globale de l’événement qui en ressort fragilisée. Présenter un trophée continental dans un stade partiellement vide, avec des tribunes désorganisées et des groupes de supporters désunis, interroge. Papino Sock résume ce malaise : « Zéro harmonie entre les supporters… c’est tout sauf une réussite. »
Un problème structurel à régler
Ce nouvel épisode ne relève plus de l’exception. Il s’inscrit dans une récurrence inquiétante des difficultés organisationnelles lors des matchs à domicile du Sénégal. Gestion des flux, contrôle des billets, communication, accueil du public, coordination entre les acteurs : autant de chantiers qui restent ouverts. À l’heure où le Sénégal ambitionne de s’imposer comme une référence continentale, y compris dans l’organisation d’événements, la question de l’organisation des supporters devient centrale.
Car au-delà du spectacle sur le terrain, c’est aussi dans les tribunes que se joue la crédibilité d’un football.


