Il a bien fait de quitter le FC Bale le dernier jour du mercato estival pour s’engager sous forme de prêt avec Grasshoper. Très peu utilisé par le club qui l’a pourtant acheté juste à la fin de sa formation à la Juventus de Turin, le jeune Kaly Sène ( 20 ans) a retrouvé la joie de jouer et de marquer des buts à Grasshoper, club le plus titré de Suisse. Déjà 5 buts et 2 passes décisives en 8 matchs pour ce joueur  passé par Galaxie, le centre de formation de Salif Diao. Kaly Sene, un joueur mais aussi une forte personnalité. Il veut devenir meilleur chaque jour sanspour autant se comparer aux autres. Sa 1ère année de professionnalisme ne lui a pas laissé que des bons souvenirs mais en ce moment, l’attaquant sénégalais se sent bien. Dans cet entretien exclusif, il partage avec vous lecteurs de 13football.com ses moments de bonheur mais aussi de doutes.

Kaly Sene, vous réussissez une belle entame saison avec Grasshoper ( 5 buts, 2 passes décisives en 8 matchs ) quel est le secret d’une adaptation si rapide ?

La belle adaptation est due à l’effectif que j’ai trouvé ici. C’est une équipe très soudée, très travailleuse, c’est comme ça aussi que je suis. Dès que je suis arrivé, j’ai eu la confiance du coach (ndrl : Giorgio Contini) de mes coéquipiers, du club…C’est un plus pour un jeune joueur  surtout que je sors d’une année très difficile. Je me sens bien ici, je suis très heureux ici. J’ai du temps de jeu et c’est ce que je voulais. Je peux vraiment démontrer ce que je vaux. Ce sont des  détails qui comptent. Je suis heureux et j’espère que ça va continuer encore longtemps.

Comment avez-vous atterri à Grasshoper ? N’est-ce pas que vous n’y avez pas fait le début de saison ?

Effectivement, je n’ai pas débuté le championnat ici car j’étais encore à Bale. C’est à la dernière minute, le dernier jour dumercato que j’ai signé ici. Le championnat venait de commencer et à Bale je n’avais pas de temps de jeu. Pour les 3 premiers matchs, j’étais en tribunes etc…Ça commençait déjà mal là-bas et je voulais partir. J’ai besoin de jouer car je suis jeune. Je n’ai pas hésité quand il y’a eu l’offre de Grasshoper. Les conditions de venue étaient difficiles mais aujourd’hui je suis là et on  oublie tout. On continue de travailler.

Quels sont les ingrédients qui vous rendent si efficace ? Quel est le style de jeu de cette équipe ?

Je retrouve confiance en moi, une confiance qui s’était un peu effritée. J’ai passé des périodes très dures et je ne n’y attendais pas vraiment en signant à Bale.  Mais c’est le foot. Aujourd’hui, je me sens bien. La formation aussi me convient bien car elle avait besoin d’un joueur de vitesse devant. Aujourd’hui le club l’a avec moi. On attaque bien la profondeur. J’essaie de bien faire ce que demande le coach. Je me sens bien ( rires)

Tout se passe très bien et on vous souhaite qu’il en soit ainsi toute la saison. Mais à y regarder de plus près, entre 2020 et 2021 et pour un jeune joueur, vous avez pas mal bougé. Août 2020, vous êtes transféré de la Juventus au FcBâle qui vous prête à Omonia Nicosie. Vous faites un aller-retour entre ces deux clubs avant d’être prêté cette saison à Grasshoper. Comment expliquez-vous tous ces mouvements en si peu de temps ?

J’avoue que ce n’était pas facile pour un jeune joueur comme moi de changer autant de fois de clubs en une année. En une année, j’ai fait 3 clubs différents. En signant à Bale, je pensais que les choses allaient se passer différemment, cela n’a pas été le cas.  Quand j’ai signé à Bale, je ne pouvais pas jouer à cause de la réglementation de la fédération suisse. Je sortais de formation et je n’avais pas encore joué un seul match pro. Du coup, j’étais obligé d’aller en prêt. Y’avait à l’époque de bonnes propositions en France, en Espagne et en Belgique mais tous les clubs voulaient m’obtenir en prêt pour une année, ce que Bâle ne voulait pas, ce que moi-même je ne voulais pas. Donc on devait trouver un club jusqu’au mercato de Décembre pour pouvoir revenir le plus rapidement possible. Omonia nicosie ( Chypre) a été le seul club qui a accepté ça. Quand je suis parti là-bas, je me suis dit que c’était juste une période. Je devais faire mes matchs en pro,commencer ma carrière là- bas et retourner le plus rapidement possible en Suisse. C’est la principale raison pour laquelle je suis allé en Chypre, pas pour y faire carrière. Par la suite, je suis retourné à Bale et les choses ne sont pas vraiment passées comme je voulais.  Je suis arrivé, les premiers matchs je ne suis pas convoqué. Je me dis que je dois être patient car je viens d’arriver et puis ça a continué.  Je fais mes débuts et par malchance, je me blesse à la cuisse. Je suis out environ 2 à 3 semaines. Je reprends mais je ne suis pas convoqué. Je joue 5mns, 10mns, je rentre en seconde période. Ce n’était vraiment pas facile et tu ne peux pas vraiment démontrer quelque chose dans un tel contexte. En plus on perdait pas mal de matchs à cette période.  Quand tu rentres dans des matchs où ça perd, c’est encore plus difficile pour un jeune comme moi, sans expérience. A l’entame de la saison, J’ai fait une bonne préparation. J’ai mis deux buts en 5 matches amicaux pour 3 titularisations. Mais je vois que le club prend d’autres attaquants avant le démarrage du championnat.  Ce n’était pas facile pour moi car ça dénotait d’un manque de confiance et d’un manque d’estime. C’est comme ça que je l’ai pris en tout cas.  Quand ces joueurs sont arrivés, des joueurs  qui évoluent au même poste, j’ai  compris et j’ai demandé à partir. Je ne voulais pas perdre encore une année.  Si je dois revenir, je reviendrai. Aujourd’hui je suis à Grasshoper et voilà ce que ça donne. Bale ne m’a pas vraiment donné ma chance parce que de Janvier 2021 à mon départ, je n’ai joué qu’un seul match officiel en tant que titulaire et quelques matchs de coupe. Je suis allé plusieurs fois en tribune, parfois j’étais avec les U21. J’ai vécu des moments difficiles. Tu ne peux pas demander à un joueur de te donner ce que tu veux si tu ne lui permets pas de te le montrer. Aujourd’hui j’ai la possibilité de le montrer ici à Grasshoper et c’est plus facile.

Est-ce que vous avez douté ?

Oui quand même… Y’a eu des périodes où j’ai douté, où je commençais à avoir des pensées négatives, à me poser des questions. Par contre, je n’ai jamais douté de mon talent. Je sais ce que je vaux, ce que je peux faire. Je me suis posé des questions par rapport aux décisions que j’ai prises, la tournure des choses, ce que j’aurai du améliorer… Quand ça ne va pas bien, tu te poses beaucoup de questions. Je suis comme ça. Je ne suis pas bien quand je ne joue pas ou ne marque pas de buts.

Vous-êtes-vous fixé des objectifs pour cette saison ?

Je ne suis pas quelqu’un qui se fixe des objectifs. Je travaille au jour le jour. J’essaie de ne pas trop penser au futur, je veux juste me surpasser au jour le jour, devenir meilleur. La personne avec qui je suis en concurrence, c’est moi-même. On s’entraine bien, on croit en nous et les gens croient en nous et on demande au bon Dieu de faire ce qui est mieux pour nous.

Vous avez été élu meilleur joueur du championnat suisse du mois de Septembre, élu aussi plusieurs fois meilleur joueur de la semaine, que représentent ces récompenses individuelles pour vous ?

Oui j’ai été nominé 3 fois joueur de la semaine et une fois joueur du mois. Ce sont des récompenses individuelles certes mais je n’y pense pas trop.  Je pense plus collectif car c’est l’équipe qui m’aide. Si les joueurs ne m’aident pas, si l’équipe ne joue pas bien, si on ne me donne pas de ballons, je ne peux pas marquer. Certes c’est moi qui marque en ce moment, c’est moi qui brille mais c’est un travail collectif.  Quand je suis sur le terrain, je me bats pour gagner, je veux aider l’équipe et c’est ça le plus important. A la base, je ne joue pas pour les trophées, je joue pour prendre du plaisir, m’améliorer et aider l’équipe tout en marquant un but (rires) car je suis attaquant aussi. Ça me fait du bien de marquer des buts (rires)  

Quel est votre poste de prédilection?  A la Juventus, vous étiez plutôt polyvalent, pouvant évoluer comme excentré ou attaquant de pointe ?

Aujourd’hui, je me définirai comme un attaquant de pointe.  J’ai commencé à jouer comme excentré mais je suis devenu un attaquant.  Je ne suis pas un joueur qui peut jouer seul devant. Je ne suis pas un joueur qui protège la balle, qui fais monter l’équipe, je suis plutôt quelqu’un qui attaque l’espace et je me sens mieux quand je joue à deux sur le front de l’attaque. Je suis plus efficace à la pointe, même à la Juventus, je jouais à ce poste mais je peux aussi toujours jouer excentré.

Avez-vous des références à votre poste ?

Je n’ai pas des joueurs références dans le football, plutôt des joueurs que j’aime bien.  Je ne veux pas ressembler à Cristiano Ronaldo, avoir 5 ballons d’or ou marquer 40 buts la saison comme Lionel Messi. Je  veux juste être meilleur que la veille. Je ne regarde pas ce que font les autres.  Certains pourraient penser que c’est de l’arrogance mais c’est une question de personnalité. Il s’agit de ma vision des choses.

Pouvez-vous revenir sur votre formation, du Sénégal à l’Italie?

J’ai commencé  à l’école de football de Dakar Sacré Cœur. En grandissant, je suis allé à Galaxie, le centre de formation de Salif Diao. Ensuite j’ai rejoint ma mère en Italie. J’ai joué à Vanchiglia, un petit club de 5ème division pendant 3 ans avant de rejoindre la Juventus de Turin où j’ai fait deux ans.

L’équipe nationale, on en parle ! Vous aviez été présélectionné à la veille de la coupe du Monde U20 en 2019 mais pas retenu. Depuis lors, y’a til eu d’autres contacts avec  les sélections du Sénégal ?

Oui c’est vrai que j’ai déjà été présélectionné une fois chez les U20. Pour le moment, je n’ai pas reçu d’appel ni eu de contacts avec les membres de la fédération ou du staff. J’avoue que je ne pense pas vraiment à la sélection. Je suis encore jeune, j’ai du temps pour grandir. Le jour où ils auront besoin de moi, ils m’appelleront. Nous avons de très grands joueurs partout dans le monde.  Nous voulons, tous faire partie de cette sélection mais ce n’est pas quelque chose qui me prend la tête. Comme on le dit en wolof «  lou djott yomb » ( ndrl : « Tout arrive en temps et en heure » ). Au moment venu, je partirai avec plaisir.

Y’a-t-il des clubs qui vous font rêver ?  

Je voudrai jouer dans tous les grands clubs comme le  Real Madrid, pourquoi pas retourner à la Juventus de Turin dans la 1ère équipe à condition de jouer. Comme je le dis, si je ne joue pas, je ne peux pas être heureux. Je préfère être dans un club moins connu et moins fort au moins tu joues et tu t’améliores car c’est en jouant que tu progresses. Donc je n’ai pas de club de rêve.

Entretien réalisé par Racky Traoré

Check Also

Lions et Perfs du dimanche : Kaly Sène voit triple, doublé de Mame Baba Thiam, nouveau clean-sheet pour Alfred Gomis

Comme le samedi, les joueurs sénégalais ont confirmé leur excellent week-end ce dimanche d…