
Après trois semaines d’attente, la Fédération sénégalaise de football a reçu la décision motivée du Jury d’appel de la CAF. Un document central qui éclaire les fondements juridiques du verdict contesté et ouvre officiellement la voie au recours devant le Tribunal arbitral du sport.
Le dossier de la finale controversée de la CAN 2025 franchit un tournant décisif. Trois semaines après le verdict du Jury d’appel de la Confédération africaine de football, la Fédération sénégalaise de football (FSF) a enfin reçu les motivations détaillées de la décision. Un délai inhabituel, resté sans explication officielle, mais juridiquement déterminant : sans ce document, aucun recours structuré n’était possible devant le Tribunal arbitral du sport (TAS).
Désormais en possession de cette pièce, que plusieurs sources médiatiques ont pu consulter, le Sénégal entre pleinement dans la phase contentieuse internationale. À Lausanne, siège du TAS, les conseils de la FSF disposent désormais des éléments nécessaires pour contester une décision qui continue de susciter de vives interrogations.
Au cœur de cette décision motivée se trouve un point de rupture majeur dans l’appréciation des faits. Le Jury d’appel de la CAF fonde son raisonnement sur plusieurs rapports officiels, notamment celui de l’arbitre Jean-Jacques Ndala, du commissaire de match et du coordonnateur de la finale. Mais c’est précisément la hiérarchisation de ces sources qui pose problème.
Selon les éléments consignés, l’arbitre évoque une interruption temporaire de la rencontre, sans qualifier explicitement la situation d’abandon de terrain. Pourtant, c’est sur la base du rapport du coordonnateur que le Jury retient finalement la thèse du forfait, en s’appuyant sur les articles 82 et 84 du règlement de la CAN. Une interprétation contestée par la partie sénégalaise, qui y voit une déconnexion avec les lois du jeu et les standards d’arbitrage.
Cette divergence est d’autant plus sensible qu’aucune réserve technique formelle n’aurait été déposée par la partie marocaine avant la reprise du jeu. Un élément qui fragilise, aux yeux des avocats sénégalais, la qualification d’abandon définitif et pourrait constituer un axe majeur de la stratégie devant le TAS.
Au-delà de la question du forfait, la décision du Jury d’appel révèle un autre paradoxe juridique. Si la CAF entérine une victoire du Maroc sur tapis vert (3-0), elle refuse dans le même temps de statuer sur les conséquences concrètes de cette décision. Le retrait du trophée, des médailles ou des primes ne relève pas, selon elle, de sa compétence.
Cette position crée une situation inédite dans l’histoire récente du football africain : un vainqueur désigné sans reconnaissance protocolaire immédiate. Une ambiguïté renforcée par l’attitude du président de la CAF, Patrice Motsepe, qui a choisi de renvoyer toute décision définitive à l’arbitrage du TAS.
Derrière ce flou institutionnel se dessine une bataille juridique de grande ampleur. Le Sénégal plaide pour une procédure accélérée, avec l’objectif de rétablir rapidement ce qu’il considère comme une vérité sportive. En face, la Fédération royale marocaine de football privilégie une approche plus étalée dans le temps, estimant que la complexité du dossier nécessite un examen approfondi.
Cette opposition de stratégies pourrait avoir un impact direct sur le calendrier de la décision. Certains observateurs évoquent déjà un délai pouvant s’étendre jusqu’à douze mois, ce qui prolongerait une situation d’incertitude rarement vue à ce niveau de compétition.
En attendant, la CAN 2025 reste suspendue à une décision à venir. Sur le terrain, le Sénégal estime avoir remporté la finale. Sur le plan administratif, la CAF a acté un renversement du résultat sans en tirer toutes les conséquences. Entre ces deux réalités, c’est désormais le Tribunal arbitral du sport qui devra trancher.
Plus qu’un simple litige, ce dossier interroge en profondeur la gouvernance du football africain et la solidité de ses mécanismes juridictionnels. La décision du TAS, définitive et sans appel, ne se contentera pas de désigner un vainqueur : elle fixera un précédent.


