CAN 2025 : Pape Thiaw face à son premier vrai dilemme

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Large vainqueur du Botswana (3-0) pour son entrée en lice à la CAN 2025, le Sénégal a frappé fort, tant sur le score que dans le contenu. Mais derrière cette démonstration se cache une question centrale pour la suite du tournoi : quelle animation offensive et quel équilibre tactique pour affronter des adversaires plus consistants ? Pour Pape Thiaw, le temps des choix confortables semble déjà révolu.

 

Face à un Botswana clairement inférieur sur le papier, le Sénégal a déroulé. Dix-sept tirs cadrés, une domination territoriale constante et un visage offensif séduisant, avec un 4-2-3-1 assumé et quatre joueurs offensifs alignés d’entrée : Iliman Ndiaye, Sadio Mané, Ismaila Sarr et Nicolas Jackson. Un système cohérent dans un contexte de supériorité évidente. Pour une équipe candidate au sacre final, les Zèbres botswanais devaient réaliser un exploit quasi miraculeux pour espérer rivaliser. La configuration était connue, le scénario attendu. Mais la CAN ne se résume pas à ce type d’opposition.

 

Thiaw et les « gros matchs » : un autre logiciel

Depuis sa prise de fonction, une tendance se dégage nettement chez Pape Thiaw. Lorsqu’il affronte un adversaire de niveau équivalent ou supérieur, le sélectionneur sénégalais privilégie le 4-3-3, avec un milieu densifié et une gestion plus prudente des transitions. À l’exception du victoire face au Burkina Faso (0-1) en novembre 2024, ses choix dans les rencontres de haut niveau ont presque toujours obéi à cette logique. Trois milieux pour contrôler le tempo, trois attaquants pour exploiter les espaces. C’est là que le dilemme apparaît.

 

Repasser en 4-3-3… et sacrifier un attaquant

Si Pape Thiaw opte pour un retour au 4-3-3 face à un adversaire plus équilibré, un attaquant devra sortir du onze. Un choix désormais bien plus délicat qu’auparavant. Contre le Brésil, dernier grand test en date, le trio offensif aligné était composé d’Ismaila Sarr, Iliman Ndiaye et Sadio Mané, laissant Nicolas Jackson sur le banc. Contre la RDC, en septembre, l’absence d’Ismaila Sarr, blessé, avait simplifié la décision. Jusqu’ici, les forfaits facilitaient les arbitrages. Aujourd’hui, tout le monde est disponible, et le sélectionneur le reconnaît lui-même. « J’avoue que c’est difficile par moments d’avoir un effectif de ce calibre. »

 

Jackson peut-il vraiment sortir ?

Sur la forme récente, Nicolas Jackson marque des points. Son doublé contre le Botswana, pour lancer sa CAN, complique sérieusement l’équation. En démarrant la compétition de cette manière, il devient difficile de justifier une mise à l’écart immédiate. Paradoxalement, sous l’ère Thiaw, Jackson est le seul des quatre offensifs à ne pas être un titulaire quasi systématique. Mais peut-on se priver d’un attaquant en confiance dès le deuxième match ?

À l’inverse, les précédents plaident pour la stabilité autour de Sarr – Iliman – Mané, un trio que le sélectionneur n’abandonne jamais lorsqu’ils sont aptes.

 

Une hiérarchie claire… mais contestable

Les profils sont connus et complémentaires.
Ismaila Sarr apporte la profondeur, la percussion, l’imprévisibilité. Iliman Ndiaye incarne la créativité, le liant technique, la capacité à déséquilibrer dans les petits espaces.
Sadio Mané reste le leader, l’icône, le repère mental et sportif de cette équipe. En face, Nicolas Jackson symbolise l’efficacité et la dynamique du moment. Quel que soit le choix, il fera grincer des dents.

Le milieu aussi au cœur de l’équation

Le dilemme ne s’arrête pas à l’attaque. Si le Sénégal densifie son milieu, deux places semblent déjà réservées à Pape Gueye et Idrissa Gana Gueye. Reste la troisième. Le duel se dessine entre Pape Matar Sarr et Lamine Camara. Le premier, étonnamment, n’a pas disputé la moindre minute contre le Botswana malgré une condition physique optimale et un profil taillé pour le pressing et la répétition des efforts. Le second est en grande forme depuis son retour de blessure et a même participé à la victoire des Lions mardi dernier en rentrant en jeu. Sa qualité sur coups de pied arrêtés, son intensité et sa maîtrise technique sont très appréciées.  Part-il avec un temps d’avance ? Et Habib Diarra ? Son manque de rythme, après trois mois d’absence, rendrait sa titularisation dans un match à fort enjeu surprenante.

 

Un choix structurant pour la suite

Plus qu’une simple question de système, le choix de Pape Thiaw sera un message. Un message sur la hiérarchie offensive, sur l’équilibre recherché, et sur la manière dont le Sénégal compte aborder les matchs couperets. La victoire contre le Botswana a rassuré. Le prochain match dira si le sélectionneur privilégie la continuité offensive ou la sécurité collective. C’est souvent dans ce type de décision que se joue le destin des grandes équipes dans une CAN.

El Hadji Malick SARR (envoyé spécial à Tanger, au Maroc) 

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