Présidence de la commission centrale des arbitres : Malang Diédhiou candidat

Inspecteur principal des Douanes, ancien arbitre international et Instructeur technique et Var Fifa Caf, Malang Diédhiou veut mettre son expertise au service de son pays. Celui qui a officié lors de la dernière Coupe du monde en Russie brigue la présidence de la Commission centrale des arbitres, (Cca) poste vacant, avec le décès d’Amadou François Guèye dit «Francky». Son ambition est de promouvoir davantage l’arbitrage sénégalais et le positionner sur le plan africain, mondial.

 

 La Covid-19 a chamboulé tous les programmes sportifs. Et les arbitres n’ont pas été épargnés. Comment avez-vous vécu cette période de confinement?

Le football, à l’instar du monde entier, a été surpris et lourdement touché par l’apparition de la pandémie à coronavirus. Les capacités financières des États et des institutions n’ont rien pu faire. Le sport n’est pas en reste. Dans certains pays, le championnat est même annulé. Un tel scénario n’a jamais été envisagé par les dirigeants du sport qui tiennent scrupuleusement au respect du calendrier des compétitions. Tout était millimétré (dates et heures). Même les Jeux olympiques qui regroupent toutes les disciplines sportives sont reportés d’une année.

Cet exemple suffit à relever l’ampleur de l’impact de la Covid-19 sur le sport de manière générale. L’arbitrage, étant un démembrement du sport, a été touché, mais les enseignements ont continué et continuent sous d’autres formes. Les cours en ligne ont pris place aussi bien au niveau international que national. Personnellement, j’ai scrupuleusement observé les mesures de confinement en arrêtant mes séances publiques d’entraînement malgré ma retraite sportive (je pratique jusque-là mon sport sur ma terrasse) tout en continuant à dispenser les cours en ligne et à prendre part aux réunions du collège des experts techniques d’arbitrage de la Caf (ex-Commission des arbitres Caf) auquel je suis membre.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir  arbitre ?

Je suis devenu arbitre par hasard. Je jouais au football et étais proche de l’équipe de mon village, Badiana, dans le département de Bignona. Un jour, lors de la séance d’entraînement, il n’y avait pas d’arbitre alors j’ai pris le sifflet pour dépanner. A ce moment, je ne pouvais pas imaginer que Dieu avait fini de tracer mon chemin jusqu’en Russie. Après ce match d’entraînement arbitré, j’avais pris la décision de m’inscrire comme élève-arbitre à la sous-commission régionale des arbitres de Bignona en 1994. Mais j’ai dû suspendre la poursuite des cours d’arbitrage une année après pour me consacrer à mes études universitaires. Après l’obtention de ma maîtrise ès Sciences juridiques et politiques à l’Ucad, j’ai tout repris à la sous-commission régionale des arbitres de Dakar pour devenir arbitre international en 2008.

Qui est votre référence en matière d’arbitrage ?

En réalité, ma référence, aussi bizarre que cela puisse paraître, n’était personne d’autres que les 17 lois du jeu. J’essayais de les appliquer comme cela se devait. Je me rappelle du match de l’Asc de mon village que j’ai arbitré et pour lequel j’ai reçu les félicitations de l’équipe adverse à la fin du match même si celle-ci avait été battue. Je me rappelle aussi du sérieux avec lequel je dirigeais les matches qui opposaient mes camarades de promotion de l’École nationale d’administration (Ena) aux jeunes de la zone B.

Vous êtes le troisième arbitre sénégalais àofficier en Coupe du monde. Quels souvenirs gardez-vous de Russie 2018?

Tout en Russie est souvenir pour moi et pour le trio. Permettez-moi de remercier mes ex-assistants qui, eux, continuent toujours d’officier. Ils ont été décisifs sur pas mal de mes décisions correctes. C’est souvent l’arbitre central qui est la vedette, mais les assistants communiquent parfois à l’arbitre la décision à prendre. Les souvenirs en Russie, au-delà de l’aspect sportif, je garde en mémoire notre foi constante, car malgré les rigueurs du climat et la longueur de la journée, nous avons observé le ramadan jusqu’à la fin et avons même passé le test physique avant-compétition alors que nous avions jeûné. Le jeûne commençait à 2h du matin pour finir à 22h. Nous ne mangions que pendant 4h de temps et nous avions décidé malgré tout de l’observer sans aucun impact sur nos prestations.

Vous êtes aussi inspecteur principal des Douanes et directeur régional des Douanes Sud. Comment  arrivez-vous à concilier activités professionnelles et arbitrage ?

Vous me donnez plus que jamais l’occasion d’admirer ma hiérarchie et notre tutelle. Sans leur autorisation, je n’aurais pu vivre une passion finalement devenue une mission. De Jean Jacques Armand Nanga à l’actuel directeur général, Abourahmane Dièye, en passant par Mouhamadou Makhtar Cissé, Elimane Saliou Gning, Pape Ousmane Guèye et Oumar Diallo, je n’ai jamais eu une once de souci pour aller arbitrer des matches. Je suis conscient des efforts consentis par ma hiérarchie et la tutelle et, en retour, depuis ma nomination comme arbitre international en 2008, je ne prenais pas de congé. Mes jours de congé servaient à compenser mes sorties.  J’ai occupé des postes stratégiques sans impact négatif sur les résultats. Aujourd’hui, le rythme de sortie, malgré mes responsabilités, a considérablement baissé.

L’arbitrage a évolué et on vit à l’ère de la Var. Pensez-vous que ce soit un bon choix, surtout que beaucoup pense qu’elle tue le jeu ?

En tant qu’instructeur technique et Var Fifa Caf, je peux affirmer que les erreurs d’arbitrage ayant une incidence sur le résultat du match ont diminué et les équipes qui méritent de gagner l’emportent souvent. Les statistiques sont vérifiables. Je rappelle que la Var n’est pas là pour éliminer toutes les erreurs d’arbitrage, mais seulement celles grosses et claires et ayant un impact sur le résultat du match.

A quand la Var au Sénégal ?

C’est à la Fédération sénégalaise de football (Fsf) de répondre à cette question. En tout cas, la certitude est que le processus est irréversible et d’ici peu, tout arbitre qui n’a pas les aptitudes pour arbitrer avec la Var peut dire adieu aux compétitions Fifa et Caf. Vous pouvez me croire car je suis dans les instances de direction de l’arbitrage africain. Ayant une tradition de présenter sur chaque compétition africaine majeure des arbitres sénégalais, il urge de réfléchir sur la formation de nos arbitres à la Var.  Pour le moment, au niveau de la Caf, les arbitres d’élite bénéficient de cette formation parmi lesquels 3 centraux sénégalais. Cela demande des investissements lourds, mais il y a des possibilités d’accompagnement de la Fifa ou de partenariat avec des pays comme le Maroc qui a des installations.

Vous avez pris votre retraite à 45 ans. Ne pensez-vous pas que c’est prématuré ?

J’aurais pu continuer, mais la prise en compte de l’intérêt général de l’arbitrage sénégalais a guidé ma décision. C’était difficile d’arrêter au moment où on recevait les honneurs de la Nation et où les dirigeants de l’arbitrage africain comptaient plus sur moi. Mais quand j’ai fait la balance, l’intérêt général l’avait emporté. En effet, pour espérer avoir un autre trio sénégalais à la Coupe du monde 2022, il fallait que j’arrête toute suite pour que Maguette Ndiaye occupe le rang de numéro 1 sénégalais et soit lancé. Dieu merci, il est sur la bonne voie puisqu’il est parmi les candidats africains pour la Coupe du monde et  je prie qu’il y soit avec mes ex-assistants pour constituer un trio sénégalais pour la seconde fois.

Comment jugez-vous le niveau de l’arbitrage sénégalais?

Objectivement, je le trouve bon, mais je pense qu’on peut l’améliorer.

Que représente l’arbitrage sénégalais au niveau continental ?

L’arbitrage sénégalais a toujours été bien apprécié en Afrique et continue de l’être. Les prestations du trio sénégalais lors de la Coupe du monde (d’ailleurs le seul trio homogène africain) et les finales de Can officiées par Badara Mamaya Sène en 1992, Falla Ndoye en 2004 et Badara Diatta en 2012 en attestent.

En l’espace de deux mois, l’arbitrage sénégalais a perdu deux icônes : Amadou François Guèye et Badara Mamaya Sène. Comment avez-vous vécu cela?

Un coup dur pour nous. Au-delà du fait que c’étaient deux hommes qui n’ont vécu que pour l’arbitrage, ils occupaient deux postes stratégiques de l’arbitrage, en l’occurrence la Commission centrale des arbitres (Cca) et l’Association nationale des arbitres de football du Sénégal (Aanafs). Nous les pleurons jusqu’à présent. C’est encore l’occasion, à travers vos lignes, de leur rendre un hommage pour le service rendu toute leur vie durant à notre corporation. Nous sommes des témoins privilégiés de leurs réalisations. Que le Paradis soit leur demeure.

Avec le décès de Francky, le poste de président de la Commission centrale des arbitres est vacant. Est-ce que Malang Diédhiou est intéressé par ce poste ?

Beaucoup d’arbitres ont les pré-requis pour aspirer légitimement à la succession du Président Francky à la Cca puisque l’arbitrage a besoin de dirigeant. J’estime que je peux servir l’arbitrage sénégalais à ce niveau si cela trouve l’assentiment de mes collègues qui doivent choisir démocratiquement celui qui va remplacer le Président après une assemblée générale convoquée à cet effet par l’Anafs sous la supervision de la Fédération. J’ai officialisé ma candidature depuis le lundi 6 juillet 2020. J’ai envoyé mon dossier de candidature composé d’une lettre de candidature, des objectifs d’ici à 2025 et d’un plan stratégique. Le dossier est entre les mains du Président délégué de l’Anafs qui doit recueillir les différentes candidatures et convoquer le collège électoral.

Vous n’avez plus rien à prouver dans l’arbitrage. Si vos pairs portaient leur choix sur vous, serez-vous preneur ?

Je réfléchis toujours avant de poser des actes et je ne triche pas ni ne cache mes ambitions. Si, malgré la douleur qui nous amine suite aux décès de nos dirigeants, j’ai déposé ma candidature, c’est que je pense pouvoir apporter un plus au vu de mes 10 années d’expérience au haut niveau, de ma petite expérience d’instructeur Fifa-Caf et de dirigeant de l’arbitrage africain. Je sais que je ne suis pas le meilleur profil pour occuper ce poste. Et je ne me fais pas de fixation sur ce poste, car même si je ne l’occupe pas je continuerai à servir l’arbitrage et les arbitres sénégalais. Chaque jour, je prie Dieu de mettre à ce poste celui qui est mieux pour l’intérêt général de l’arbitrage.

Quels sont les défis?

Ils sont nombreux et diversifiés. Entre autres, il s’agit de promouvoir la qualité en catégorisant les arbitres et les inspecteurs, d’entamer l’initiation à la Var, de revoir le format des examens des arbitres en intégrant les analyses vidéos parmi les matières et le protocole Var, etc.

Comment voyez-vous l’avenir de l’arbitrage sénégalais ?

Un avenir radieux s’il y a une vision de l’instance dirigeante mais aussi une unité des arbitres autour de celui qui sera choisi. C’est dans l’unité que nous constituerons une force et serons utiles à la Fédération en tant que démembrement.

Quel est votre plus beau souvenir en tant qu’arbitre ?

Être accueilli à l’aéroport comme un héros et être accompagné par les présidents de l’Anafs et de la Cca au village, sans compter le pot de la Direction générale des Douanes et la cérémonie de présentation du drapeau national aux joueurs et aux arbitres en partance pour Russie au Palais de la République. Nous avions saisi cette occasion pour offrir une paire de cartons au Président de la République.

Quel est votre plus mauvais souvenir en tant qu’arbitre ?

Avoir manqué un penalty pour une équipe qui jouait à domicile à la 87ème minute alors qu’elle était menée 3 buts à 2. Elle aurait pu égaliser avec ce penalty. J’ai donc fait le résultat du match, mais de bonne foi, car j’avais estimé qu’il n’y avait pas faute et je ne pouvais pas siffler un penalty  imaginaire. A la fin du match, quand j’ai revu les images, c’était la déception.

Source lesoleil.sn